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SENEGAL : Une réputation de terre d’asile en péril

10 mai 2013
El hadj Abdoulaye Seck

Expulsé Mardi dernier par le gouvernement sénégalais, le journaliste bloggeur Makaila Nguebla est accusé d’inciter la jeunesse tchadienne à la révolte contre le gouvernement d’Idriss Deby. La société civile sénégalaise a tenu une conférence de presse pour « dénoncer avec la dernière énergie cet acte incompréhensible et inqualifiable du régime de Macky Sall » selon Madame Hélène Rama Niang.

La Ligue Sénégalaise des Droits de l’Homme (LSDH), Amnesty International Sénégal, la +encontre Africaine pour la Défense des Droits de l’Homme (RADDHO) ainsi que le Forum Social Sénégalais ont d’une seule voix exigé le retour immédiat et sans condition du journaliste blogueur Tchadien Makaila Nguebla.

Cette arrestation, qui est liée à ses activités de journaliste et de bloggeur constitue une atteinte grave à son droit à la liberté d’opinion et d’expression. Selon Seydi Gassama, directeur d’Amnesty International Sénégal « c’est une honte pour le Sénégal d’expulser un journaliste, défenseur des droits humains de surcroît. Ce que Makaila fait c’est ce que vous faîtes tous les jours (Ndlr : les journalistes) : écrire sur les dérives de nos gouvernants sans que vous ne soyez inquiétés, même si la tentation ne leur manque pas ». Le gouvernement d’Idriss Deby qui, après son intervention au Mali pour chasser les terroristes serait devenu intouchable, cherche à liquider ses opposants et la France ne dit rien.

Selon les témoignages, lorsque Makaila a été arrêté par la Direction de la surveillance du territoire (DST), il a été confronté à des mails qu’il échangeait avec Eric Topona. Ce dernier, secrétaire général de l’Union des journalistes tchadiens et ancien journaliste à la Radiodiffusion nationale tchadienne, a été récemment arrêté et placé sous mandat de dépôt au Tchad.

Dans toute chose, il y’a une procédure à suivre et l’expulsion entre dans ce cadre, selon Me Assane Dioma Ndiaye. En expulsant Makaila en total déni de ses prérogatives, ce sont des principes élémentaires des droits humains qui ont été bafoués. Me Ndiaye dénonce aussi une violation grave du droit international.

« Le gouvernement de Macky Sall doit beaucoup à la société civile » martèle Mignane Diouf du forum social sénégalais. « Makaila qui s’était joint aux différents combats pour libérer le Sénégal des mains de l’ancien régime ne mérite pas qu’on le traite de cette manière. »
Pensant que le combat pour la fortification de l’état de droit était fini, la société civile sénégalaise se rend tristement compte que l’exigence de maintenir la mobilisation reste d’actualité.

Après Koukoye Samba SANYANG, expulsé au Mali, c’est au journaliste blogueur de subir le même sort. Ce dernier a été envoyé en Guinée, pays instable où il risque sa vie à tout moment. Les intervenants ont constaté avec regret la volonté du gouvernement du Sénégal de museler et de réduire au silence les refugiés et demandeurs d’asile dès lors qu’ils émettent des opinions critiques à l’encontre des gouvernants de leur pays d’origine. Cette attitude est contraire à la tradition de terre d’asile du Sénégal et constitue une atteinte inacceptable aux droits fondamentaux des refugiés et demandeurs d’asile.

Un plan d’action est en train d’être finalisé visant à exiger le retour immédiat de MAKAILA dans les jours à venir.

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