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La session de formation à Saraya sauve une fille d’un mariage précoce et lui permet de poursuivre ses études

21 janvier 2015
El hadj Abdoulaye Seck

Saraya localité située à 65 km de Kédougou a abrité les samedi 17 et dimanche 18 Janvier 2015, un séminaire de formation sur la lutte contre les mariages et grossesses précoces : le rôle de la communauté éducative. Cette activité organisée par Amnesty International Sénégal dans le cadre de sa campagne Mon corps, Mes droits a réuni pendant deux jours des élèves, des parents d’élèves, des enseignants et des autorités académiques venus des différents arrondissements du département.

La cérémonie d’ouverture présidée par l’adjoint au Maire Gassamo Dembélé a été l’occasion pour Monsieur Seydy Gassama, Directeur de la section sénégalaise d’Amnesty International de rappeler que les mariages et grossesses précoces constituent un phénomène national avec un impact extrêmement important sur l’achèvement de l’éducation des filles. « Si on ne permet pas aux femmes, qui représentent 52% de la population du Sénégal, de terminer leurs études, ce pays n’ira nulle part » a t-il soutenu. Il considère cependant, que le procédé le mieux approprié est la sensibilisation et non la dénonciation afin de ne pas heurter des sensibilités.

L’adjoint au Maire, le commandant de brigade de la gendarmerie et l’inspecteur adjoint de l’Inspection d’Education et de la Formation du département ont activement participé à cette rencontre. Le séminaire a enregistré deux communications ; celle du président du tribunal départemental sur le thème : « le droits positif sénégalais face aux mariages et grossesses précoces » et celle de la sage femme coordonnatrice en santé de la reproduction du district sanitaire de Saraya sur le théme : « Adolescence, puberté, santé de la reproduction, mariages et grossesses précoces ».

Monsieur Aliou Diallo président du tribunal départemental de Kédougou dans sa communication, a revisité les dispositions du code pénal et du code de la famille qui protégent les filles contre les mariages et grossesses précoces. Il a ainsi relevé une protection préventive avec notamment l’article 141 du code de la famille qui protège la fille contre les mariages forcés et l’article 300 du code pénal qui organise la sanction pour non respect des dispositions précités.

Il a toutefois souligné que cette protection est limitée par l’état-civil. En effet, aux termes de l’article 29 du code de la famille, l’état des personnes n’est établi et ne peut être prouvé que par les actes d’état civil. Or il arrive souvent qu’un mineur victime d’une agression sexuelle ou d’un mariage précoce soit dans l’impossibilité de prouvé sa qualité de minorité, obligeant ainsi le juge à le traiter comme s’il était majeur. Il soutient aussi que la distinction faite entre mineur délinquant et mineur en danger renforce cette limite.

Madame Mariama Touré Diarra coordonnatrice en santé de la reproduction du district sanitaire de Saraya a pour sa part, particulièrement, mis l’accent sur les risques sanitaires et sociaux liés aux grossesses précoces. Sur le plan sanitaire elle a rappelé que le bassin de la fille étant immature, elle risque la fistule obstétricale. La fille est tentée par l’avortement clandestin et les risques de morbidité maternelle sont élevés. Sur le plan social, elle souligne la fréquence des rejets des filles mères, les cas d’infanticides, la prostitution clandestine, l’abandon scolaire et les difficultés pour la fille d’entretenir son bébé.

Au terme de ces deux journées de formation dirigées par le Doyen Saliou Sarr formateur en droits humains, un plan d’action a été adopté et des diplômes délivrés aux participants.

La délégation d’Amnesty International Sénégal, avant de prendre le chemin du retour vers Dakar a été informée par une participante au séminaire et membre d’Amnesty International d’un cas de mariage précoce qui se préparait à Bembo, localité située à une dizaine de kilomètres de Sararya. En effet une fille âgée de 14 ans et élève en classe de 6ème au CEM Bembo devait, sur injonction de ses parents, se marier à son cousin maternel. Le commandant de brigade de Saraya mis au parfum de cette affaire a fini par dissuader les parents de la fille. Cette dernière continue encore d’aller à l’école.

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