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La Procureure de la CPI doit ouvrir une enquête sur les faits présumés de torture, d’esclavage contre les migrants en Libye

25 novembre 2017
El hadj Abdoulaye Seck

Déclaration des organisations de la société civile et membres des mouvements citoyens « Stop Au Silence ! »

Nous, organisations de la société civile et mouvements sociaux, réunis ce vendredi 24 novembre 2017 à la Place de la Nation à Dakar, exprimons notre vive indignation face au traitement infligé aux migrants africains.

Nos organisations et mouvements n’ont eu de cesse, par le passé, d’interpeller les Etats sur l’existence de réseaux de passeurs et de trafiquants qui sévissent sur le territoire libyen et de plusieurs pays africains. Cette inertie des États et des organisations internationales et régionales a entrainé cette situation de traite des personnes à laquelle nous assistons aujourd’hui.

Cette situation interpelle également les politiques publiques et les programmes mis en place dans les pays d’origine des migrants. L’absence d’opportunités d’emploi, la mal gouvernance et les pressions sociales sont autant d’éléments qu’il faut prendre en compte si l’on veut comprendre et, au-delà, trouver des solutions durables au fléau que constitue l’émigration clandestine.

La gravité de la situation a poussé l’Organisation Internationale de la Migration à signaler, en avril 2017, l’existence de marchés aux esclaves en Libye, après avoir eu connaissance des traitements endurés par des témoins avec qui l’Organisation est entrée en contact à la fois au Niger et en Libye.

Dans le même cadre, la Procureure de la Cour Pénale Internationale a considéré que la Libye est « devenue selon des sources crédibles, un véritable marché pour la traite des personnes ». Elle a en outre informé que son bureau examine « attentivement la possibilité d’ouvrir une enquête sur les crimes perpétrés contre les 300 000 migrants qui vivraient en Libye »

Nous voudrions profiter de cette tribune pour :
-  Rappeler l’article 5 de la Charte Africaine des Droits de l’homme et des peuples qui stipule que « tout individu a droit au respect de la dignité inhérente à la personne humaine et à la reconnaissance de sa personnalité juridique. Toutes formes d’exploitation et d’avilissement de l’homme notamment l’esclavage, la traite des personnes, la torture physique ou morale… sont interdites » ;

-  Demander au bureau du Procureur de la Cour Pénale Internationale d’ouvrir une enquête sur les faits présumés d’esclavage, de torture et de mauvais traitements ;

-  Demander à l’Union Africaine de prendre des mesures hardies, de concert avec l’Union Européenne en veillant toutefois à ne pas remettre en cause les droits fondamentaux des personnes en mouvements volontaires ou forcées ;

-  A l’Etat libyen et à tous les Etats concernés, de prendre des mesures en vue de mettre fin aux activités des trafiquants et passeurs sur leurs territoires et à accorder, en rapport avec les Etats d’origine, toute l’assistance nécessaire aux migrants ;

-  Appeler les populations sénégalaises et africaines à éviter tout amalgame entre les auteurs de ces pratiques esclavagistes que nous dénonçons et les populations arabes et berbères dont une bonne partie rejette et condamne ces politiques et pratiques attentatoires à la dignité humaine ;

-  Engager les personnalités, les organisations et mouvements à poursuivre la mobilisation, notamment par des sit-in au niveau des ambassades concernées, jusqu’à l’éradication totale de l’esclavage et la traite des personnes partout dans le monde.

Fait à Dakar, le vendredi 24 novembre 2017

Ont signé :
1. Forum des Organisations de la Société Civile d’Afrique de l’Ouest (FOSCAO/Sénégal)
2. Coalition Sénégalaise des Défenseurs des Droits de l’Homme
3. Groupe de Travail Femmes, Jeunes, Paix et Sécurité en Afrique de l’Ouest et le Sahel/Sénégal (GT/FPSAO)
4. Y en A Marre
5. Horizons Sans Frontières
6. Fédération des Associations des Sénégalais de l’Extérieur de Retour (FASER)
7. S.O.S Handicapés
8. Amnesty International Sénégal
9. Organisation Nationale des Droits de l’Homme (ONDH)
10. Collectif Sénégalais contre l’esclavage
11. Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l’Homme (RADDHO)
12. Ligue Sénégalaise des Droits de l’Homme (LSDH)
13. Citoyens Actifs pour la Justice Sociale (CAJUST)
14. Forum Social Sénégalais (FSS)
15. Groupe Stop à l’esclavage
16. Réseau Paix et Sécurité des Femmes de l’Espace Cedeao (REPSFECO)
17. Solidarité Active
18. Cercle des Intellectuels du Sénégal (CIS)
19. Students and Youth Travel Organization (SYTO/Sénégal)
20. Société Internationale des Droits de l’Homme (SIDH)
21. Action pour les Droits Humains et Amitiés (ADHA)
22. Commission Orientation et Stratégie (COS M23)
23. Association Donner Pour Sauver (ADPS)
24. Association des Sénégalais de Libye de retour
25. Groupe Agora pour la Recherche sur les Droits de l’Enfant (GRA REDEP)
26. Front Anti APE, Anti CFA
27. Coalition des Organisations Mauritaniennes au Sénégal
28. Article 19 Afrique de l’Ouest
29. Plateforme pour la Protection des Lanceurs d’Alerte en Afrique (PPLAAF)
30. Union Panafricaine Kemit

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